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Mexique - Les familles des "disparues" de Juarez luttent pour mettre fin au féminicide

Selon un rapport qu'Amnistie internationale publiait en 2003, plus de 370 femmes ont été assassinées dans les villes de Juárez et Chihuhaha "sans que les autorités ne prennent les mesures adéquates pour enquêter et résoudre le problème". Ces assassinats, qui n'ont pas cessé depuis et qui sont fréquemment désignés par le terme féminicide, ont poussé des associations et des blogues à utiliser internet pour attirer l'attention sur la souffrance des victimes et de leurs familles.

Les associations en appellent à la justice et réclament une intervention plus énergique des autorités locales et nationales. Basée à Ciudad Juárez, Nuestras Hijas de Regreso a Casa (Puissent nos filles rentrer à la maison) est une organisation fondée par la mère et la professeure de Lilia Alejandra Garcia Andrade qui a été enlevée et retrouvée morte en 2001. L'association décrit sur son blogue le contexte dans lequel vivent beaucoup de familles :

À Ciudad Juárez, des femmes disparaissent et plus jamais on ne les voit ou l'on n'entend parler d'elles, à moins que leurs ravisseurs ne le décident. Leurs corps sans vie montrent clairement qu'elles ont été brutalement torturées et assassinées, victimes de viols collectifs, elles sont parfois démembrées ou brûlées. C'est une souffrance terrible pour cette communauté. Il n'y a donc rien qui puisse faire réagir ceux qui ont le pouvoir de faire quelque chose?

L'angoisse et la peur des familles qui vivent dans une telle insécurité, chaque fois que leurs filles sortent de la maison, semblent insuffisantes pour faire réagir ceux qui pourraient mettre fin à ces crimes.

À ce jour, ces crimes sont impunis et personne ne recherche les femmes disparues, tandis que les meurtres et les enlèvements continuent sans que personne ne soit tenu responsable.

Nuestras Hijas de Regreso a Casa a reçu des menaces à cause de son action pour mettre fin aux meurtres, selon le blogue Contra el Feminicidio en México (Contre le féminicide au Mexique). Le réalisateur américano-mexicain Zumla Aguiar s'est spécialement intéressé à cette histoire. Il a travaillé en étroite collaboration avec l'association pour produire le documentaire de 9 minutes Juarez Mothers Fight Femicide (Les mères de Juárez combattent le féminicide) sous licence Creative Commons. La présentation du film indique :

La vidéo n'essaye pas de vous assommer avec encore plus d'informations. Elle présente l'opinion des mères confrontées au résultat des enquêtes. Les mères interviewées sont issues de toute les classes sociales, mais ce film souligne que la douleur est la même pour toutes. Le fait que les femmes sont pauvres est considéré par Marisela Ortiz de Nuestras Hijas de Regreso a Casa comme l'une des raisons pour laquelle rien n'est fait à propos de ces meurtres.


Juarez Mothers Fight Femicide

Le Red Solidaria Década Contra la Impunidad (Réseau de solidarité contre l'impunité) utilise son blogue pour informer sur ses activités de lutte contre l'impunité dans le domaine des violations de droits humains, y compris les meurtres de jeunes femmes à Ciudad Juárez, Chihuahua et d'autres villes du Mexique.

L'organisation internationale Witness utilise les médias citoyens pour attirer l'attention et rassembler des signatures sur une pétition adressée au président mexicain Felipe Calderon. En 2003, en association avec la Mexican Commission for the Defense and Promotion of Human Rights, elle a produit un court-métrage intitulé Dual Injustice (Double injustice). Le film est basé sur la disparition de Neyra Cervantes à Chihuahua en mai 2003. Son cousin David Meza a été torturé jusqu'à ce qu'il avoue son meurtre. Les restes de Cervantes furent finalement retrouvés et Meza fut libéré après avoir été emprisonné injustement. Les responsables de la mort de Cervantes restent impunis.


Dual Injustice

Witness continue sa campagne par le biais de la pétition Halte au féminicide qui était présentée le 27 mars 2009 au président Calderon par le fondateur de Witness, Peter Gabriel, des personnalités mexicaines et la mère de Neyra Cervantes.

Tandis que la situation le long de la frontière reste difficile et que de nombreux crimes sont impunis, les femmes de Nuestras Hijas de Regreso a Casa écrivent à propos de leur lutte et de leurs espoirs :

Les familles qui participent à ce mouvement ont transformé notre douleur en force. Nous avons été confrontés, outre aux meurtres brutaux de nos filles, à l'incompétence, l'entêtement, la dissimulation, la corruption et l'indifférence des autorités.

Il est difficile d'exprimer par des mots cette douleur qui nous brise le cœur sachant que nos filles furent tuées dans ces circonstances. C'est une immense souffrance qui n'en finit pas, et nous ne pouvons retenir nos larmes chaque fois que nous pensons à elles ou que nous revoyons leurs affaires personnelles ou leurs photos. Notre angoisse et nos tourments augmentent encore lorsque nous imaginons quels ont du être les derniers instants des nos filles torturées et nous vivons sans vivre…

Nous continuons à espérer qu'un jour justice sera rendue contre la disparition et la mort prématurée de nos filles car cela serait la seule manière de reconstruire nos propres vies. Nous sommes solidaires de tous ceux, même ceux qui ne sont pas à nos côtés, qui portent leur part de chagrin après avoir perdu une partie de leur vie.

Adaptation d'un billet en anglais d'Eduardo Avila, traduit par Manuel Naudin, et publié le 28 mars 2009 par GlobalVoices sous licence Creative Commons

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