Québec : Non ce n’est pas pareil pour les femmes immigrantes

par Ghislaine Sathoud

Qu’est-ce qui n’est pas pareil au juste?

Les femmes immigrantes doivent fournir des efforts pour s’habituer aux us et coutumes de la société d’accueil. À tous les niveaux, il faut s’informer pour être en mesure de fonctionner correctement. Le couple également n’est pas épargné. À ce niveau aussi, il faut faire des ajustements. Il faut trouver le juste milieu pour s’adapter à son nouvel environnement sans pour autant renier son mode de vie passé. La réussite de ce "pari" dépend beaucoup de l’ouverture au changement dans le couple. L’adaptation se fait-elle sans heurts?

Qu’est-ce que la violence conjugale pour une personne de culture différente? Comment est-elle perçue dans sa culture d’origine? Quel est le seuil de tolérance de la violence conjugale dans sa culture d’origine? Qu’est-ce qui y est considéré comme de la violence? La violence physique seulement ou les autres formes de violences aussi?

Le couple
Le couple doit également faire face au changement, à de nouvelles habitudes. L’isolement et le deuil de la famille élargie rendent la femme vulnérable. Souvent les immigrant-es sont absorbés par la recherche d’emploi ou le retour aux études. Ces tensions ont des répercussions sur la vie de la famille, notamment la vie de couple, et sur l’éducation des enfants. Les changements au niveau professionnel peuvent également s’avérer catastrophiques pour le couple. Un mari peut se sentir humilié que son épouse travaille alors qu’il cherche un emploi, surtout si la situation était différente dans le pays d’origine. Cette situation peut paraître à ses yeux comme une "humiliation" ou une "perte" de contrôle de sa famille. Elle peut être à l’origine de plusieurs conflits dans le couple.

La violence conjugale
La violence conjugale est universelle. Les femmes immigrantes victimes de violence conjugale sont encore plus vulnérables. Aux problèmes vécus par les autres femmes victimes de violences conjugale s’ajoute la différence culturelle. Ces femmes viennent d’ailleurs, elles ont une autre culture, une autre perception de la vie de couple, des problèmes dans le couple. Pour ne parler que de l’Afrique par exemple, le mariage coutumier est un élément très important dans la vie d’un couple. Les deux familles également ont une influence sur le couple. À distance, cette influence existe toujours.

La différence culturelle : faut-il en tenir compte?
Toute femme victime de violence conjugale a du mal à le dire, mais il est encore plus difficile d'en parler pour les femmes immigrantes à cause des différences culturelles. Dans certaines cultures, les problèmes dans le couple se règlent avec les membres de la famille, d'où les difficultés de se confier à un-e intervenant-e. Il y a aussi la peur d’être jugée et rejetée par sa communauté, la peur de la réaction de la famille du pays d’origine. Soulignons que la famille n’est pas au courant des lois de la société d’accueil.

Toutes ces peurs constituent une grande entrave qui garde les victimes dans le silence. Il faut dire aussi que le seuil de tolérance à la violence varie d’une personne à une autre. Le degré de tolérance et la compréhension de la problématique de la violence dépendent aussi de la culture d’origine de la femme victime de violence conjugale.

Les femmes immigrantes victimes de violence conjugale ont des besoins spécifiques. Pour les encourager à en parler, il faut les aborder en tenant compte de ces différences.

Pages reliées :
Quand des cultures cohabitent, dialoguent et s'affrontent : la vie trépidante des immigrantes africaines au Québec, Ghislaine Sathoud, 08.04.2004
Nulle part où aller, Cybersolidaires, 08.03.2004