Pour ne plus jamais pleurer à cause d’actes antiféministes

Apprendre de nos tragédies pour que plus jamais elles ne se reproduisent6 décembre 1989. Certain-es se rappellent cette soirée. Francine Pelletier raconte dans le numéro Hors série du magazine La vie en rose : "il était environ 18 heures quand un ami journaliste… m’appela pour me dire qu’on avait tiré sur des étudiants à l’Université de Montréal. Il y avait des morts, et tous les morts étaient des femmes. La nouvelle m’est tombée dessus comme la guillotine. J’ai passé le restant de la nuit devant la télé, en morceaux, incrédule et zombie".

Et vous, peut-être étiez-vous à préparer le souper en écoutant d’une oreille distraite le téléjournal ou les nouvelles à la radio. Ou vous faisiez les devoirs avec les enfants, sur le coin de la table, la télé sans son pour ne pas vous laisser distraire et vous avez vu des images d'un film américain. Peut-être que c’est le téléphone qui a sonné, avec au bout du fil une de vos amies en pleurs, incapable de vous expliquer clairement ce qui la bouleversait. Ou bien c’est une voisine qui est arrivée parce qu’elle voulait s’assurer d'avoir bien compris la nouvelle qu’elle venait de voir à la télé. Peut-être étiez-vous dans le métro avec votre walkman sur les oreilles et les yeux écarquillés par ce que vous entendiez...

Toutes, nous nous rappelons ce que nous faisions, avec qui nous étions, et l’immensité de notre première impression : l’incrédulité. Nous ne pouvions sur le moment croire à ce que nos yeux voyaient, à ce que nos oreilles entendaient, c’était impossible. Pas ici. Pas chez nous. Moi, j’ai appelé ma mère à des kilomètres au Nord, je voulais savoir si la nouvelle s’était rendue jusqu’à Baie-Comeau. Elle a répondu au téléphone en pleurant, c’est alors que j’ai su que c’était vrai. Que ce que je voyais c’était la réalité. Nous avons vécu un choc! Un traumatisme. Nous l’avons vécu individuellement puis collectivement. Entre nous...

Aujourd’hui, nous sommes toujours sous le choc et nous n’oublions pas ces femmes. Nous voulons nous souvenir d’elles en clamant leurs noms et en déposant une rose sur les pierres érigées en leur nom. Se rappeler 16 ans plus tard…

Elles étaient jeunes… Elles ont été tuées par un antiféministe parce qu’elles étaient des femmes. Elles s’appelaient :
Geneviève Bergeron, 21 ans
Hélène Colgan, 23 ans
Nathalie Croteau, 23 ans
Barbara Daigneault, 22 ans
Anne-Marie Edward, 21 ans
Maud Haviernick, 29 ans
Barbara Maria Klucznik, 31 ans
Maryse Leclair, 23 ans
Annie St-Arneault, 23 ans
Michèle Richard, 21 ans
Maryse Laganière, 25 ans
Anne-Marie Lemay, 22 ans
Sonia Pelletier, 28 ans
Annie Turcotte, 21 ans.

Nous disons PLUS JAMAIS!

Nous disons PLUS JAMAIS depuis le 6 décembre 1989, et pourtant depuis, 615 femmes et 175 jeunes et enfants ont été tué-es par des hommes en tant qu’hommes ou par des inconnus et ce, au Québec seulement. La violence envers les femmes et envers l’avancement des femmes se poursuit. En Europe, la violence envers les femmes est la première cause de mortalité des femmes de 18 à 45 ans!

Francine Pelletier nous dit dans son texte : "Ni au Québec ni même au Canada n’avons-nous reconnu la Polytechnique pour ce que c’était : une déclaration de guerre contre le féminisme. À la thèse de la folie s’est substituée avec le temps la thèse de la violence faite aux femmes, c’est vrai. Mais ce n’est pas frapper exactement sur le même clou. En abattant 14 futures ingénieures, ce n’est pas à elles personnellement que Lépine en voulait, mais bien au mouvement des femmes. La distinction m’apparaît importante. Il s’attaquait à des conquérantes, pas à des victimes. Il frappait au vu et au su de tous, il ne se défoulait pas en catimini. Loin de rééditer un vieux rapport de force, il s’en prenait à ce qu’il y avait de plus nouveau dans la société : l’avancement des femmes. Bref, c’est au progrès que Lépine s’attaquait, c’est au futur comme nous l’imaginions."

Aujourd’hui, les féministes se sentent toujours traquées. Le mouvement des femmes doit toujours être vigilant. Des antiféministes continuent de harceler, quotidiennement. Des antiféministes appellent à la traque, par courriel haineux, par téléphone, par lettre... Des antiféministes menacent. Et nous disons PLUS JAMAIS ! Et nous clamons : Féministes, plus que jamais!

Nous disons que nous n’oublions pas ces quatorze femmes. Ni celles tuées avant et depuis parce qu’elles étaient des femmes, des conquérantes à la recherche de l’égalité et de meilleures conditions de vie.

Nous offrons toute notre sympathie aux familles et aux ami-es des femmes et des enfants assassinés. À tous et toutes les anciens membres de la Fondation du 6 décembre qui, après 15 ans de commémoration publique, se sont retirés des feux de la rampe pour vivre leur deuil en privé.

Je vous invite à dédier une minute de silence à la mémoire des femmes assassinées à la Polytechnique et aux autres.

Texte rédigé et lu par Odile Boisclair pour L’R des centres de femmes du Québec le 6 décembre 2005 à la Place du 6 décembre dans le cadre de la Journée de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes.

> Le 6 décembre 2007 :
À Montréal : Commémoration du massacre de la Polytechnique et Concert du Choeur Maha
À Québec : La Journée contre la violence au Centre des femmes de la Basse-Ville
À Sherbrooke : Lancement du DVD "Sexy inc. Nos enfants sous influence" (en savoir plus)
À Ottawa : Vigile pour honorer toutes les femmes qui sont mortes suite à la violence des hommes
À Toronto : Commération du massacre de Montréal
À Paris : Commération du massacre de Montréal
> Du 5 au 7 décembre à Laval : Exposition et conférence "Se souvenir de la tuerie de la Polytechnique ou l’art d’évacuer les violences faites aux femmes"
> Les 6, 8, 9, 10, 11 & 13 décembre : HiSToriA TV - Tragédies : Meurtres à Polytechnique

Pages reliées :
Il y a 18 ans, Polytechnique, La Presse
L'héritage de Polytechnique : 18 ans d'irresponsabilité, Benoît Laganière, survivant de Polytechnique
Les centres de femmes du Québec : un réseau pour contrer toute forme de violence faite aux femmes pour que ça cesse!, L'R des centres de femmes du Québec